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Parents 31

Intimité, consentement et prévention dès le plus jeune âge

Petit enfant prenant son bain

Ces sujets peuvent sembler délicats à aborder en famille et pourtant ils sont essentiels au développement et à la protection des enfants. Apprendre à un enfant à connaître son corps, à respecter ses limites et celles des autres, c’est lui offrir des outils précieux pour toute sa vie.

Ce mois-ci, nous avons échangé avec Cécile Lleida, infirmière et intervenante en éducation pour la santé. Elle intervient sur des ateliers mis en place par l’association Le Cocon Vivenciel avec le soutient de la Caf, de la MSA et de la Communauté de Commune Haute Garonnaise. Elle nous livre ses conseils concrets pour accompagner les enfants et leurs parents sur ces questions fondamentales.

 

Je retiens !

  • Nommer correctement les parties intimes (vulve, pénis…) dès le plus jeune âge est un acte de prévention contre les violences sexuelles.
  • L’intimité est propre à chaque personne : elle est à la fois physique et émotionnelle.
  • Le consentement s’apprend dès la naissance, même avec les tout-petits.
  • Respecter les choix de l’enfant (ne pas vouloir faire la bise, par exemple) est une façon concrète d’éduquer au respect des limites.
  • Un changement de comportement soudain chez un enfant peut être un signal d’alerte : ne pas hésiter à consulter un professionnel.
  • Des ressources existent : livres, associations, Planning familial, PMI, infirmière scolaire, séances d’EVRAS à l’école.

 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

« Je m’appelle Cécile, j’ai 40 ans et je vis dans les Pyrénées centrales, à Bagnères-de-Luchon. Je suis infirmière de formation et j’ai travaillé plusieurs années auprès des enfants et adolescents en tant qu’infirmière scolaire. Aujourd’hui, je travaille dans le secteur associatif pour continuer de contribuer à ce qui me tient à cœur en matière de santé : la prévention et l’éducation. »

À partir de quel âge les enfants découvrent-ils leur corps ? Faut-il les aider ?

« Les enfants découvrent leur corps très tôt, dès qu’ils commencent à avoir conscience d’eux-mêmes, dans les premiers mois de la vie. Ils sont très curieux et vont explorer à leur rythme, avec leurs sens : en touchant, en regardant…

En tant qu’adultes, nous pouvons les aider, notamment en nommant les parties du corps dès le plus jeune âge, par exemple lors des moments de change ou d’habillage avec les tout-petits. Nous pouvons aussi les accompagner en leur laissant la possibilité de découvrir par eux-mêmes, et en répondant à leurs questions quand ils grandissent. »

Qu’est-ce que l’intimité ? Est-elle seulement « physique » ?

« L’intimité, c’est le respect de notre « zone de sécurité » personnelle. J’aime beaucoup l’image du château fort, utilisée par Charline Vermont dans son livre Corps, amour, sexualité : Les 120 questions que vos enfants vont vous poser.

Nous avons chacun nos propres limites, et l’intimité pour l’un ne sera pas la même que pour l’autre. C’est une limite à la fois physique et émotionnelle. La notion d’intimité se construit avec l’âge, mais elle est importante dès la naissance. Parler à son bébé, lui dire que l’on va le toucher, permet de lui signifier les limites de son corps et de commencer à intégrer la notion de consentement. »

Est-ce que tous les enfants ont le même rapport au corps et à l’intimité ?

« Chaque individu a son propre rapport à son corps et à l’intimité. Il y a des personnes très pudiques et d’autres pas du tout. C’est aussi très variable selon l’environnement familial dans lequel on évolue.

Il faut bien sûr respecter l’intimité de chacun et cela commence par prendre en compte ce qui peut déranger l’autre. Par exemple : si j’ai l’habitude de sortir de la salle de bain nue et que mon enfant me signifie que cela le dérange, c’est à moi de respecter son besoin et de ne pas lui imposer ma nudité s’il n’en a pas envie. »

Avez-vous des conseils pratiques pour sensibiliser les enfants au consentement ?

« La première chose, c’est d’en parler avec eux et de ne pas hésiter à répondre à leurs questions. Parfois ce n’est pas facile en tant que parent, mais pour qu’un enfant ait confiance dans la possibilité de vous parler, il faut essayer d’ouvrir le dialogue.

Des supports très bien faits existent pour accompagner les parents et les enfants. Je pense notamment au livre de Charline Vermont déjà cité, mais aussi aux Petits illustrés de l’intimité (4 tomes) de Mathilde Baudy et Tiphaine Dieumegard. Participer à des cafés des parents, en présence ou en visioconférence permet aussi d’échanger entre parents et professionnels formés. »

Comment gérer la pudeur et l’intimité en famille, notamment s’il y a des différences ?

« Selon l’âge des enfants, la pudeur évolue. Ce qui ne dérange pas les plus petits peut déranger les plus grands et c’est tout à fait normal. Il faut respecter ces changements et les besoins de chacun.

Les transformations du corps à la puberté peuvent aussi amener les enfants à se questionner. En tant que parents, nous pouvons en parler avec eux. Parfois, nous ne serons pas forcément le bon interlocuteur,  ils préféreront en parler avec des personnes extérieures mais nous pouvons les orienter vers des professionnels à l’écoute : médecin de famille, infirmière scolaire, associations…

Le consentement est une notion vraiment importante à aborder dès le plus jeune âge. Si un enfant manifeste qu’il n’aime pas faire des bisous, il faut apprendre à respecter ce choix. Parfois, en tant qu’adultes, nous avons tendance à penser que c’est « malpoli », mais si l’enfant dit bonjour d’une autre manière, il n’y a pas de problème. Nous avons chacun notre « bulle » et il est essentiel d’apprendre à la respecter. »

Y a-t-il des signaux d’alerte à surveiller ? Vers qui se tourner en cas de doute ?

« Un changement de comportement soudain peut être un signal d’alerte : un enfant qui se renferme, qui ne veut plus qu’on le regarde ou qu’on le touche, ou à l’inverse qui adopte des comportements provocateurs. Ces signes peuvent révéler un mal-être.

En cas de doute, ne pas hésiter à demander l’aide d’un professionnel : psychologue, médecin, infirmière scolaire… L’important est de ne pas rester seul face à ces interrogations. »

Quelles structures ou ressources existent en Haute-Garonne pour aborder ces sujets ?

« Pour les plus petits, la PMI (Protection Maternelle et Infantile) peut être une ressource précieuse. Pour les plus grands, le Planning familial est un interlocuteur de choix. Localement, il existe aussi des associations de soutien à la parentalité qui proposent des ateliers.

Les structures scolaires jouent également un rôle important. Le programme EVRAS (Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et à la Sexualité) est mis en place et devrait se tenir au moins trois fois par an et par niveau. Il aborde ces sujets avec les enfants en tenant compte de leur âge, dans chaque classe. »

« L’intimité est propre à chacun d’entre nous, et pour la respecter au mieux, nous devons être à l’écoute. Donnons les ressources à nos enfants et faisons-leur confiance ! »

Les questions fréquentes autour de l’intimité et du consentement

Mon enfant touche ses parties intimes, est-ce normal ? Il est tout à fait normal pour un enfant de toucher ses parties intimes : cela fait partie de la découverte du corps. Nous avons parfois tendance à calquer nos représentations d’adultes sur les enfants, il faut y être vigilant. Connaître son corps est une des clés pour être bien dans sa peau.

Jusqu’à quel âge peut-on prendre un bain avec son enfant ? Tout dépend du rapport au corps de chacun. L’important est de toujours demander à l’enfant, et dès que l’un des deux se sent gêné ou mal à l’aise, de ne pas poursuivre. Il n’y a pas d’âge universel : c’est le ressenti de chaque personne qui prime.

Comment nommer les parties intimes à son enfant ? Il est vraiment important de bien nommer les choses. Pour les parties intimes, il faut, dans la mesure du possible, utiliser les vrais mots : vulve, pénis… Les diminutifs comme « zizi » ou « zézette » sont souvent utilisés, mais ne pas nommer correctement a tendance à invisibiliser ces parties du corps et à en faire des zones « tabou ». Apprendre à nos enfants à les nommer, c’est faire de la prévention contre les violences sexuelles.

Comment faire de la prévention sans effrayer mon enfant ? En insistant sur les notions de consentement et en osant aborder le corps et l’intimité, pour que l’enfant se sente en confiance. La plupart des violences sexuelles se passent au sein de la famille ou de proches : apprendre à un enfant à connaître ses propres limites, c’est lui apprendre que personne ne peut toucher son corps sans sa permission. C’est un droit fondamental, et une forme d’éducation à la vie affective et relationnelle.

Vers qui se tourner si je me sens démuni en tant que parent ? Vous pouvez contacter la PMI, le Planning familial, l’infirmière scolaire de votre établissement, votre médecin de famille, ou encore des associations locales de soutien à la parentalité. Les séances d’EVRAS dispensées dans les classes sont également un point d’appui pour engager le dialogue avec votre enfant.

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