À la rencontre d’Escapades de Ouf vers l’Ordinaire : sorties, apprentissage et répit pour les familles d’enfants en situation de handicap
11 mars 2026

Permettre à chaque enfant en situation de handicap de vivre des expériences ordinaires, là où tous les enfants ont leur place : c’est le fil rouge de l’association Escapades de Ouf vers l’Ordinaire, créée en 2021 en Haute-Garonne. Sorties en groupe, accompagnement scolaire sur mesure, temps de répit pour les familles… la structure multiplie les dispositifs pour répondre à des besoins encore trop peu couverts, accueillant enfants, adolescents et jeunes adultes de 3 à 25 ans. Rencontre avec Nathalie Onori, coprésidente bénévole, qui nous présente l’association et ses projets pour 2026.
Comment est née l’association Escapades de Ouf vers l’Ordinaire ?
“L’association a été créée en octobre 2021 par trois mamans d’enfants en situation de handicap. Elles ont voulu proposer à leurs enfants des choses qu’elles ne trouvaient pas autour d’elles. C’est comme ça qu’est née l’association.”

©Escapades de Ouf vers l’Ordinaire
Vous parlez d’“escapades” : qu’est-ce que cela recouvre exactement ?
“L’idée de départ, c’était de proposer des sorties familiales aux enfants en situation de handicap. Quand on est une famille avec un enfant en situation de handicap, organiser une sortie demande une énergie et un courage considérables.
Avec les escapades, on organise la sortie et les familles n’ont plus qu’à venir. Comme on est en groupe, les troubles du comportement ne génèrent pas de jugement : tout le monde comprend, parce que tout le monde vit la même chose. Ça permet à l’enfant d’avoir une activité sociale, et aux parents aussi de souffler et de ne pas s’isoler.”
Pourquoi tenez-vous à ce que ces activités se déroulent dans des lieux « ordinaires » ?
“C’est un des fondements de l’association. Il n’était pas question de proposer des sorties dans des lieux adaptés où l’on se retrouverait uniquement entre familles d’enfants en situation de handicap. L’idée, c’est vraiment d’aller partout où n’importe quelle famille peut avoir envie d’aller, faire du trampoline un dimanche après-midi, aller au cinéma, visiter un musée. L’inclusion et la mixité, ce n’est pas un mot : c’est concret et ça commence par là.”

©Escapades de Ouf vers l’Ordinaire
Vous proposez aussi un accompagnement scolaire adapté. En quoi cela consiste-t-il ?
“Pour un enfant autiste, par exemple, être dans une classe de 30 élèves peut être une situation extrêmement difficile à vivre. Et lorsqu’un enfant est en institution, il n’a pas forcément accès à un accompagnement scolaire.
On a donc mis en place un accompagnement éducatif et scolaire adapté, individualisé et sur mesure. Ce sont des éducatrices spécialisées formées qui s’adaptent complètement à chaque enfant : son rythme, ses supports, ses spécificités. L’objectif, c’est de travailler les prérequis aux apprentissages comme la lecture ou l’autonomie pour que chaque enfant progresse à son niveau.”
Le mot « répit » revient souvent. Qu’est-ce que cela signifie pour une famille ?
« Beaucoup de familles n’ont aucune prise en charge pour leur enfant, faute de place en institution, ou parce que l’école ne peut pas l’accueillir dans de bonnes conditions. Ces parents sont à la fois éducateurs, infirmiers, enseignants… ils cumulent toutes les casquettes, 24 heures sur 24. La charge mentale et la fatigue que cela génère sont immenses.
Nous accueillons des groupes de six enfants, le lundi matin et le jeudi matin, encadrés par des éducatrices spécialisées. Pendant ce temps-là, les familles ont du temps pour elles. Et les enfants, eux, bénéficient d’un temps de socialisation dont ils manquent souvent cruellement.”
Vous avez une salle Snoezelen. C’est un mot qui parle peut-être peu aux parents, concrètement, c’est quoi ?
« On peut aussi l’appeler salle multisensorielle. C’est un espace conçu pour apaiser l’enfant, en limitant les sollicitations extérieures. La salle peut être tamisée, il y a un matelas à eau chauffant sur lequel on peut s’allonger, les mouvements de l’eau sont très apaisants pour certains enfants, une colonne à eau avec des bulles, une balançoire suspendue au plafond… Chaque enfant y trouve ce dont il a besoin.
On l’utilise pendant les temps de répit, mais aussi lors des accompagnements scolaires. Certains enfants en ont besoin avant de se mettre en posture d’apprentissage ; d’autres, après 20 minutes de travail, ont besoin d’une vraie pause pour se recentrer.”

©Escapades de Ouf vers l’Ordinaire
Comment une famille peut-elle vous contacter pour la première fois ?
“Le mieux, c’est d’appeler directement le numéro de l’association : 07 87 77 10 79 et d’expliquer ce dont la famille a besoin. À partir de là, on l’oriente vers le bon dispositif et la bonne interlocutrice. Il y a généralement deux échanges téléphoniques : un premier pour cerner la situation, puis un second avec la personne en charge du dispositif concerné, pour répondre plus précisément aux attentes de la famille.”
Quels sont vos projets pour 2026 ?
“Nous avons deux grands projets cette année. Le premier, c’est de mettre en place des journées de répit et non plus seulement des matinées, avec un vrai objectif de travail sur l’autonomie. On constituerait un groupe de six enfants en septembre, avec trois éducatrices spécialisées pour les encadrer. Tout au long de l’année, on travaillerait ensemble des compétences concrètes : prendre le métro, aller à la boulangerie, manger au restaurant. Et en juin, on organiserait une sortie commune avec ce groupe ; pourquoi pas aller à la mer en train. Quand l’enfant rentre dans sa famille, il rapporte avec lui de nouvelles capacités et la famille peut se projeter autrement.
Le deuxième projet, c’est d’organiser au mois de juillet un séjour de trois jours et deux nuits, l’équivalent d’une colonie de vacances, pour ces enfants.”.
